Valeurs en Fête — Perpignan, 15 août 2026

📍 Perpignan Culture
Valeurs en Fête — Perpignan, 15 août 2026
En bref
🏘️ Commune Perpignan

QUOI ? Une fête sans bannières ni slogans, juste du pain partagé, des voix qui chantent dans la langue d’ici, et le silence entre deux notes de tambourin.
OÙ ? Place Castillet, cœur battant de Perpignan — là où les galets sous les pas racontent encore l’histoire des marchands, des soldats, des exilés.
QUAND ? Samedi 15 août 2026, dès 17h jusqu’à la nuit tombée. Entrée libre.


C’est pas une fête qu’on vend. C’est une mémoire qui se réveille.

Les tables sont posées entre les vieilles pierres du Castillet, pas de tente, pas de sonorisation. Juste des chaises en bois que les anciens ont sorties de leur garage, des seaux d’eau fraîche, des plateaux de figues sèches, de jambon de pays, et du pain de seigle cuit au feu de bois. Les enfants courent entre les jambes des grands-parents qui ne parlent pas beaucoup — mais quand ils le font, ça fait du bien.

On entend le tambourin avant même de voir le musicien. Pas un concert. Un appel. Comme autrefois, quand on se réunissait pour célébrer la moisson ou enterrer un voisin. Là, on célèbre juste que l’on est encore là. Ensemble.


Une boîte en cuir usé, aux coins émoussés, contenant des clés anciennes en fer forgé, une bourse de toile tissée à la main, et un petit miroir brisé dont le cadre est gravé de motifs celtiques. La lumière du couchant filtre à travers les rideaux d’une fenêtre close.

Le centre-ville n’a pas changé en trente ans — ou alors si peu qu’on l’oublie. Les façades en cayroux, crème et rouille, gardent leurs fissures comme des cicatrices dignes. Les ormes de la place de la République ont encore leurs feuilles épaisses qui cachent le soleil d’août, et les pigeons ne s’en vont jamais.

Les jeunes viennent avec leur téléphone en main — mais ils le posent. Ils le posent quand ils entendent la voix de Mireille, la boulangère du quartier, chanter L’Estaca en catalan. Personne ne sait pourquoi elle chante ce soir-là. Mais tout le monde s’arrête.


Une affiche déchirée et jaunie, clouée sur un mur de pierre, avec une encre fade représentant deux mains entrelacées tenant une branche d’olivier. Au-dessous, des mots en catalan ancien : “Per la Terra i el Foc”. Une mèche de paille s’accroche à l’un des coins.

Il n’y a pas de discours. Pas de politique. Juste un homme qui sort une guitare du sac et joue une chanson qu’il apprit de son père, mort il y a dix ans. Personne ne connaît le titre. Mais tout le monde chante la mélodie.

Les vieilles femmes apportent des tartes aux amandes avec leurs noms écrits à la main sur un morceau de papier : “Per Eulàlia, 1952”. Elles les posent sur la table comme des offrandes. Personne ne les prend avant que le soleil ait touché l’horizon.



Quand la nuit tombe, les lumières des maisons s’allument une à une, comme des étoiles qui se souviennent d’avoir été des feux de camp.

On ne fête pas un événement.
On célèbre qu’on n’a pas encore oublié comment être ensemble.

Et c’est ça, la vraie valeur.
Pas celle qu’on affiche sur les réseaux.
Celle-là, on la garde dans le creux de la main.

Signe Paul Ferra

📍 Perpignan

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