Il y a des soirées où l’on entre dans une salle de théâtre pour s’évader, et d’autres où l’on y entre pour se souvenir. C’est le cas, avec une intensité rare, de
Rien n’est su.
Je connais bien les ruelles pavées de notre centre-ville, ces endroits où le temps semble s’arrêter entre les platanes et les façades en galets. Mais ici, sur la scène du Théâtre de l’Archipel, le temps ne s’arrête pas : il se fige. Il retient son souffle.
Sabine Garrigues a écrit ce texte choral après la disparition de sa fille lors des attentats du Bataclan. Ce n’est pas une pièce sur le drame au sens journalistique du terme. C’est une œuvre qui cherche les mots là où le silence a pris le dessus. C’est une tentative de résister à l’oubli, de donner une voix à ce qui a été arraché.
Audrey Bonnet, que j’ai vue évoluer sur de nombreuses scènes, met ici en scène et interprète ce texte avec une justesse qui désarme. Elle ne joue pas le rôle d’une mère endeuillée ; elle
est la parole qui cherche à exister. Sa présence est une évidence, une ancre dans un océan de questions sans réponses.
La dramaturgie est d’une subtilité déconcertante. On ne voit pas le Bataclan, on n’entend pas les sirènes. On entend les mots. On sent le vide que ces mots essaient de combler. C’est une heure et quarante-cinq minutes qui passent comme une éternité, où chaque silence compte autant que chaque phrase.

Ce spectacle s’adresse au tout public, mais il demande de nous quelque chose : notre présence, notre écoute, notre capacité à être touchés par la fragilité de l’humain. Dans une ville comme Perpignan, où la vie bat son plein entre les marchés et les terrasses, ce moment de recueillement offre un contrepoint nécessaire. Il nous rappelle que derrière chaque statistique, derrière chaque titre de presse, il y a une histoire, une famille, une vie.
Je vous invite à réserver votre place non pas pour « voir un spectacle », mais pour partager un moment de vérité.

Signe Paul Ferra
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