QUOI ? Découvrez les brasseries artisanales catalanes, des stands gourmands et une soirée musicale avec DJ sets et un artiste surprise. Tirage au sort : 1 an de bière gratuite.
OÙ ? Parc des Expositions, Perpignan
QUAND ? Samedi 26 septembre 2026
Le sol va trembler un peu, ce soir-là. Pas à cause d’un séisme, non. À cause de la bière. La bonne. Celle qui sort des cuves en fer-blanc rouillées, celle que les brasseurs catalans ont patiemment façonnée entre l’odeur du houblon brûlé et le vent de la mer. On ne vient pas ici pour boire. On vient pour se souvenir.
Depuis dix ans qu’on organise cette fête, on n’a jamais fait semblant. Pas de décor en carton, pas de musique qui sort d’un haut-parleur à 20 euros. Ici, c’est la terre qui parle. La terre du Roussillon, sa pierre grise, ses vignes qui s’accrochent aux coteaux comme des vieillards à leur chaise, et ces brasseries artisanales que personne ne connaît encore — mais qui, demain, seront citées dans les guides de Berlin ou de Tokyo.
On trouve tout ici : la bière au miel du Canigou, celle au thym sauvage des garrigues, la noire comme un vin de vigne, l’amber qui sent le pain d’épices qu’on faisait chez grand-mère avant que les supermarchés n’envahissent les étals. Et puis, les stands de bouffe : les escargots mijotés au verjus, les saucissons suspendus comme des trophées, le barbecue où la viande croustille sous le charbon de chêne — pas de sauce toute faite, juste du sel, du feu et du temps.
Et puis, il y a l’artiste surprise.
Boris en 2025, ça avait fait des vagues. Un homme seul sur scène avec une guitare cassée et un micro qui crachait des mots comme des pierres. On n’a pas compris tout ce qu’il disait. Mais on a senti.
Qui sera là cette année ?
Personne ne le sait. Et c’est mieux ainsi.
Les DJ, eux, sont connus : Laura Laffont et Laurent Allart. Pas de playlists sur Spotify. Juste des vinyles trouvés dans les greniers de Céret, des morceaux de jazz catalan des années 50, des rythmes qui viennent d’ailleurs mais qui, ici, semblent avoir toujours été là.
On boit debout, on échange des verres comme des poignées de main. On ne se serre pas la main — on serre le verre. Et quand quelqu’un vous tend un gobelet plein à ras bord d’une bière que vous n’avez jamais goûtée, vous buvez. Parce qu’en Catalogne du Nord, partager une bière, c’est comme offrir son pain : un geste qui ne se refuse pas.
Il y aura un tirage au sort en fin de soirée. Un an de bière gratuite. Pourquoi ? Parce que quelqu’un a eu l’idée, un jour, qu’il fallait garder ce lien. Pas pour vendre plus. Mais pour dire : on existe encore.
On ne vient pas ici pour être vu.
On vient parce qu’on sait que c’est l’un des derniers endroits où la bière n’est pas un produit, mais une histoire.
Et chaque gorgée, c’est un morceau de ce passé qu’on refait vivre — lentement, avec du temps, avec des mains qui ne se pressent jamais.
Il y a des gens qui disent que Perpignan, c’est fini. Que les ruelles se sont vendues aux touristes, que les ormes du centre ont été arrachés pour faire place à des parkings. Peut-être. Mais ce soir-là, dans le parc des Expositions, sous les lumières de fortune et les rires qui montent comme la mousse d’une bière fraîche, on oublie tout ça.
On se souvient seulement que cette ville n’a jamais été faite pour les grandes choses.
Mais pour les petits gestes — ceux qu’on fait quand personne ne regarde.
Signe Paul Ferra
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