QUOI ? Une exposition de peintures qui ne demandent pas d’être aimées, mais d’être vues — vraiment vues.
OÙ ? Galerie du Cloître Saint-Jacques, 12 rue des Carmes, Perpignan
QUAND ? Du vendredi 14 août au 30 septembre 2026 — ouvert tous les jours de 15h à 19h, sauf lundi
Tu marches dans le centre-ville, tu sens la chaleur qui rebondit sur les galets des ruelles, tu croises des familles avec leurs sacs du marché, des étudiants en short, des vieux qui discutent sous les platanes comme s’ils avaient tout le temps du monde. Et puis, tu pousse la porte de cette ancienne chapelle reconvertie en galerie — et là, ça change.
Rizon ne peint pas pour plaire. Il ne cherche pas l’éclat, ni la lumière douce des postcards. Il capture les lumières qui blessent : le soleil de fin d’après-midi qui écrase les murs en cayroux jusqu’à les faire suer, les reflets crues sur les vitres sales des boutiques fermées, les ombres que la nuit laisse traîner comme des chiffons mouillés. Il utilise du blanc de titane, du terre d’ombre brûlée, et parfois, il mélange du sable du Tech à ses pigments. On le sent dans la texture — ça gratte, ça crisse sous les yeux.
Il y a une chose que personne ne dit : ce n’est pas une exposition de paysages. C’est un journal intime de lumière. Chaque toile est une mémoire de chaleur perdue, d’un instant où l’air tremble et qu’on ne peut plus respirer sans cligner des yeux.
Il a passé trois ans à arpenter les faubourgs oubliés — la rue des Fossés, le quartier du Mas-Neuf, les abords de l’ancien marché aux légumes où les étals sont maintenant des voitures garées. Il ne va pas chercher le romantique. Il cherche ce que la ville a rejeté : un mur écaillé qui gardait encore une trace de bleu ciel d’il y a cinquante ans, une porte en chêne fendue par le soleil mais jamais repeinte, une fenêtre sans volet où les rideaux se sont déchirés au vent et n’ont pas été remplacés.
C’est ce qu’on appelle du réalisme ? Non. C’est de la vérité brute. Rizon ne ment pas sur la chaleur. Il ne la glorifie pas. Il la montre telle qu’elle est : une force qui détruit, qui fanerait même les pierres si elles n’étaient pas tenues par l’habitude.
On pourrait croire que c’est triste. Ce n’est pas triste. C’est vivant. Parce que chaque toile, c’est un regard qui a tenu bon. Un regard qui n’a pas détourné les yeux.
À l’entrée, un petit texte écrit à la main sur du papier kraft :
> « Je n’ai pas peint les ombres pour les faire disparaître. J’ai peint la lumière qui les a fait naître. »
Je ne suis pas un amateur d’art contemporain. Je ne vais pas souvent aux expositions. Mais je reviendrai. Pas parce que c’est beau. Parce qu’on y sent l’odeur du Roussillon en été — celle qui colle à la peau, qui te fait oublier ton nom, et qui t’oblige à regarder.
Tu ne repars pas avec un souvenir. Tu repars avec une cicatrice légère. Une trace de chaleur.
Signe Paul Ferra
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