vendredi 4 juin 2027 — Perpignan
QUOI ?
Un petit-déjeuner partagé où deux comédiens-cuisiniers servent œufs à la coque, jus d’orange et madeleines maison, accompagnés de textes littéraires lus à voix basse — inspirés de Proust, Barbara, Lewis Carroll et Philippe Delerm.
OÙ ?
Au cœur du vieux Perpignan, dans une ancienne épicerie transformée en lieu de partage — 12 rue des Fours à Chaux. Entrée libre, places limitées. Arrivez avant 8h30 : les tables sont en bois massif, les chaises grincent, et le café se boit chaud, pas dans un gobelet.
QUAND ?
Vendredi 4 juin 2027 — 8h à 10h30
Ils ne sont pas acteurs. Pas vraiment cuisiniers non plus. Deux types en toque, les manches retroussées, les mains qui savent. L’un verse le jus d’orange avec la rigueur d’un horloger, l’autre casse l’œuf à la coque comme on ouvre une lettre oubliée. Le bruit du cuiller contre la porcelaine — tac-tac — c’est le seul metronome.
Sur le comptoir : un plateau de madeleines encore tièdes, du pain d’épices coupé en tranches fines comme des pages de journal ancien, une carafe de lait qui a laiteux la lumière du matin. Rien de raffiné. Rien de neuf. Juste ce qu’on mangait avant que les supermarchés n’envahissent les coins de rue.
Et puis, les textes. Pas sur des écrans. Sur des papiers pliés en quatre, posés à côté des assiettes. Un extrait de Proust, bien sûr — mais pas celui qu’on cite toujours. Celui où le narrateur se souvient du goût d’un morceau de pain trempé dans un thé froid, et non pas de la madeleine. Celui-là, personne ne l’a lu depuis 1920.
On entend Barbara chanter en fond sonore, mais pas sur un haut-parleur. Sur un vieil appareil à manivelle, celui qu’on trouvait dans les cafés des années 50, quand la radio n’était pas encore une machine à vendre du silence.
On ne regarde pas les comédiens. On les écoute. Parce qu’ils ne jouent pas. Ils racontent.
Une femme qui a perdu son mari en 1987 et qui chaque matin, depuis, mange une tranche de pain grillé avec du beurre salé — “parce que c’était sa seule faiblesse”. Un ancien libraire qui lit un passage de Lewis Carroll où l’écureuil parle de la perte des souvenirs. Une jeune fille de 17 ans, assise au fond, qui murmure : “Je ne savais pas qu’on pouvait aimer quelqu’un à travers une phrase.”
Ici, personne ne claque des doigts pour applaudir. On se tait. On finit son café. Et puis on repart, sans dire merci — parce que le silence, ici, c’est la seule forme de remerciement qui vaille.
C’est pas un spectacle. C’est une mémoire qui se réveille, lentement, comme le pain dans le grille-pain.
On ne vient pas ici pour être ému. On vient parce qu’on a oublié comment on mangeait avant que tout devienne rapide, propre, et vide.
Parce qu’un petit déjeuner, c’est pas un repas.
C’est la première fois qu’on se parle, le matin.
Avant que les bruits du monde ne viennent tout couvrir.
On repart avec les mains vides.
Mais le cœur plein d’un goût qu’on croyait perdu.
Signe Paul Ferra
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