QUOI ? Visite guidée gratuite de l’ancien Call juif de Perpignan, autour de la rue de l’Académie, commentée par Olivier Bru, chargé de mission à la Direction du Patrimoine Historique et de l’Archéologie.
OÙ ? Point de rendez-vous : Place de la Révolution Française, 66000 Perpignan.
QUAND ? Dimanche 6 septembre 2026, de 10h30 à 12h00. Réservation conseillée — groupe limité à 25 personnes.
La rue de l’Académie ne dit rien. Pas de plaque, pas de drapeau, pas même un banc pour s’asseoir et rêver. Juste des façades en galets gris, des portes closes depuis des siècles, et le silence qui suit les pas. C’est là, sous ce pavé usé par les semelles des marchands, des rabbins, des enfants courant vers l’école du Talmud, que vivait Perpignan juive.
On ne voit plus la synagogue. On ne voit plus le bain rituel. On ne voit même pas les murs qui ont retenu les chuchotements en hébreu, les prières avant l’aube, les cris étouffés lors des expulsions. Mais on les sent. Dans l’air. Comme une odeur de pain azyme qui flotte encore, après tant d’années.
Olivier Bru marche devant, sans micro. Il parle bas, comme pour ne pas réveiller les morts. Il montre du doigt une pierre plus claire — un remaniement, un mur rebâti après un incendie. Une fente dans le cayroux : là, on cachait les rouleaux de la Torah avant les pogroms. Un coin d’escalier en pierre taillée à la main : l’accès au grenier où l’on stockait les denrées pour Pessah. Rien de grand. Rien de spectaculaire. Juste des traces, comme des cicatrices qu’on n’a pas voulu effacer.
On m’a demandé, un jour : « Pourquoi venir voir ça ? »
Parce que les villes ne se mesurent pas à leurs monuments, mais aux silences qu’elles gardent.
Perpignan a été témoin de tout : les Romains avec leur aqueduc, les Wisigoths avec leur croix, les Sarrasins avec leurs fontaines, les rois de Majorque avec leurs châteaux. Mais elle n’a jamais voulu oublier ceux qu’elle a chassés — puis acceptés — puis effacés.
Le Call juif, ici, c’est un lieu sans architecture majestueuse. C’est une mémoire vivante, faite de poussière et de mots murmurés. Ce n’est pas un musée. C’est un testament.
Je suis né à Perpignan. J’ai marché dans ces rues depuis cinquante ans. Je me souviens des vieux qui parlaient de « l’autre côté du pont », où les Juifs vivaient avant 1391. Personne ne savait vraiment ce que ça voulait dire, mais tout le monde baissait la voix en le disant.
Aujourd’hui, on nous propose une visite guidée. Une occasion de comprendre. Ce n’est pas un spectacle. C’est une écoute.
Et si vous venez — allez-y tôt. Pas pour être au premier rang. Pour marcher en silence.
Laissez les autres parler. Écoutez le pavé sous vos pieds.
Il a vu des choses que l’histoire n’a pas osé écrire.
Signe Paul Ferra
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