C’est à l’ombre des platanes, entre la place de la République et le théâtre de verdure, que les livres reprennent leur souffle. Pas en silence, non — mais avec une voix claire, parfois chantée, souvent partagée. La sixième édition de La Moisson revient, simple comme un livre ouvert sur un banc, généreuse comme le soleil qui filtre à travers les feuilles.
Depuis 2021, Pas de Porte a su faire de cet événement bien plus qu’un festival : une habitude. Une manière douce et tenace d’installer la littérature au cœur du quotidien. Ici, pas de red carpet ni de discours pompeux. Juste des auteurs qui parlent comme on cause avec un voisin — à condition que ce voisin ait écrit un prix Goncourt ou une correspondance perdue entre Erik Satie et un ami poète.
Samedi 15 juin, c’est Gilles Marchand qui prendra le micro à 16 heures. Son Le soldat désaccordé n’est pas qu’un roman sur la guerre : c’est une mélodie déchirée, jouée avec des mots. Et ici, à Céret, on sait écouter les silences entre les notes.
Les enfants aussi ont leur place — pas en spectateurs, mais en acteurs. Ceux des écoles primaires et du collège déambulent dans les ruelles avec des textes qu’ils ont appris par cœur, comme des chants de rue modernes. La compagnie QAD les accompagne, non pas pour les « présenter », mais pour les laisser briller. Et quand un petit garçon lit un passage sur les oiseaux qui parlent aux arbres, personne ne rit. On écoute.
Le soir, le café-livres au Kiosque démarre à 14 heures : pas de chaises en plastique, mais des tabourets en bois, des étagères remplies de titres choisis par les libraires du Cheval dans l’Arbre, et des conversations qui s’éternisent. On y discute de Grisélidis Réal comme on parlerait d’une amie qu’on n’a pas vue depuis longtemps.
La gratuité n’est pas un détail ici — c’est le credo. Pas de billet, pas de file d’attente, pas de barrière. Juste des mots qui circulent, comme l’air dans les ruelles étroites. Ceux du musée d’art moderne sont là, bien sûr ; mais ceux-là, on les croise aussi sur un trottoir, en train de lire à voix haute un extrait de Laurent Gaudé pendant qu’un pianiste joue une mélodie d’Erik Satie au fond de la cour.
On ne vient pas à La Moisson pour voir des stars. On vient pour se souvenir que les livres ne sont pas des objets de collection, mais des ponts — entre générations, entre langues, entre un homme assis sur un banc et l’autre qui passe en souriant, sans savoir qu’il va bientôt s’asseoir à côté de lui, avec le même livre dans les mains.
Signe Paul Ferra
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