CONSEILS AUX SPECTATEURS

📍 Perpignan 📅 13/01/2027 Culture
CONSEILS AUX SPECTATEURS
En bref
📅 Date 13 janvier 2027
🏘️ Commune Perpignan

Mercredi 13 janvier 2027 — L’Archipel, Perpignan

Vous croyez venir voir un spectacle ? Vous vous asseyez, vous attendez que quelqu’un sur scène vous fasse rire, pleurer ou rêver. Mais ce soir-là, c’est vous qui êtes en scène. Pas les acteurs. Pas le metteur en scène. Vous.

Jérôme Rouger ne joue pas à être un professeur de théâtre. Il n’a ni cravate, ni tableau blanc. Il a une chaise, un micro, et un regard qui vous déshabille sans vergogne — mais avec un sourire qui vous fait vous sentir en sécurité. Comme un vieux copain qui vous dit : “Tu sais, t’as l’air d’un type qui lit les notices de montage avant de toucher à la scie.”

Il observe. Il note. Il démonte.
Les gens qui sortent leur téléphone dès le début — même s’il fait noir.
Ceux qui toussent au moment précis où un personnage avoue son amour.
Ces couples qui se chuchotent des choses à l’oreille comme si la salle était leur salon.
Et puis, ceux qui regardent juste… en silence. Comme s’ils avaient oublié qu’ils étaient là pour voir.

Rouger ne les juge pas. Il les reconnait. Parce que lui aussi a été l’un d’eux. Un jour, il a fait semblant de pleurer pendant un monologue, parce qu’il croyait que c’était ce qu’on attendait de lui. Il s’est rendu compte, en sortant, qu’il n’avait pas entendu une seule phrase.

Ce soir-là, la salle devient un laboratoire. Pas d’effets spéciaux. Pas de décor. Juste des lumières qui tombent sur nous, comme si on était tous dans un vieux film muet où chacun joue son rôle sans le savoir.

Il parle d’air conditionné mal réglé, de sièges qui grincent comme un squelette qu’on déplace, de ces gens qui se lèvent pour aller aux toilettes à la fin du premier acte — “comme si le spectacle était une pause entre deux réunions.” Et puis, d’un coup, il vous demande :
> “Qui ici a déjà pleuré en silence dans un théâtre, sans que personne ne s’en rende compte ?”

Trois mains se lèvent. Puis cinq. Puis presque tout le monde.

Il sourit.
“Voilà. C’est ça, le vrai spectacle.”

Un vieux programme de théâtre en papier jauni, daté de 1953, avec des annotations à la main : “Ici, elle a pleuré. Moi aussi.” et une trace de doigt sur un nom d’acteur effacé.

On oublie parfois que le théâtre n’est pas une machine à divertir. C’est un miroir qui attend qu’on s’y regarde — sans maquillage, sans masque.

Perpignan a toujours su ça. Dans ses ruelles étroites, dans ses places où les vieillards discutent du temps passé comme si c’était une affaire d’État, dans ces cafés où l’on ne sert pas de café mais des silences bien tassés — on sait que ce qui compte, ce n’est pas ce qu’on dit. C’est ce qu’on entend.

Rouger nous rappelle ça sans un mot de trop. Pas de morale. Pas de leçon. Juste une question, posée comme un caillou dans l’eau :
“Et vous… vous en êtes où, dans cette histoire-là ?”

Un vieux lustre en cuivre terni, suspendu au plafond d’un théâtre abandonné, avec quelques ampoules cassées et une seule qui brille encore, éclairant un coin vide de la salle.

Il ne vous dit pas quoi penser.
Il vous laisse seul — avec vos rires, vos gênes, vos larmes silencieuses.

Et c’est peut-être ça, le plus grand cadeau qu’on puisse offrir :
Ne pas vous regarder comme un public.
Vous regarder… comme des survivants.

— Signe Paul Ferra

📍 Perpignan

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