QUOI ? Séance de cinéma en plein air organisée par l’Institut Jean Vigo, avec le film Dernier train pour Busan, accompagnée d’une guinguette musicale et de moments partagés sous les étoiles.
OÙ ? Église des Grands Carmes, Perpignan (66).
QUAND ? Jeudi 20 août 2026 à la tombée de la nuit. Autres dates : 16 et 23 juillet, 13 août.
Les chaises pliantes, les couvertures en laine malgré la chaleur de fin d’été, les bouteilles de vin rouge dans des sacs en toile… On ne vient pas ici pour voir un film. On vient pour se souvenir que le ciel, lui, n’a jamais changé.
Depuis vingt ans, je vois passer les mêmes visages sous cette voûte de pierre érodée par les vents du Midi. Les jeunes d’hier sont devenus parents. Les vieux, eux, ne viennent plus. Mais leurs chaises restent. On les laisse là, comme des sièges vides dans une salle de théâtre après la dernière représentation.
L’Institut Jean Vigo a su garder l’essentiel : pas de lumières artificielles qui écrasent l’ombre, pas de sonorisation qui déchire le silence. Juste un projecteur, une toile tendue entre les murs de l’église désaffectée, et ce murmure collectif quand le film commence — cette respiration collective qu’on ne trouve nulle part ailleurs.
Ce soir-là, c’est Dernier train pour Busan. Pas un grand classique, mais un cauchemar qui résonne comme une métaphore. Un virus qui court dans les wagons, la peur qui se propage plus vite que les trains. On rit moins qu’à l’habitude. On se serre un peu plus contre son voisin. Même les enfants taisent leur bavardage.
Avant le film, une guinguette improvisée : deux musiciens avec une guitare et un accordéon qui joue comme s’il avait vécu la guerre. Pas de chansons à la mode. Juste des airs de catalogne oubliés, ceux que les grands-parents chantaient en ramassant l’olive.
On boit du vin rosé dans des verres à pied cassés, on mange des olives noires salées, et on attend la nuit pour que les étoiles viennent jouer leur rôle — celui qu’elles ont toujours tenu ici, depuis que les Romains ont abandonné Ruscino.
Les gens disent que Perpignan a perdu son âme. Qu’elle est devenue une ville-tentacule, étouffée par les zones commerciales et les parkings. Mais ici, dans ce lieu où le silence se fait plus lourd que n’importe quel dialogue, on sent encore quelque chose d’autre.
Un lien. Pas un événement. Une tradition qui ne s’écrit pas sur les affiches, mais qui se transmet par les coudes qui se touchent dans l’obscurité, par les mains qui tendent une bouteille sans mot dire.
Le film finit. Les projecteurs s’éteignent. Personne ne bouge tout de suite. On écoute encore le vent glisser entre les pierres de l’église, comme il le faisait au Moyen Âge. Comme il le fera après nous.
On se dit bonsoir à mi-voix. Pas de selfies. Pas d’applaudissements forçés. Juste une pause. Une respiration. Et puis on s’en va, les yeux encore pleins des lumières du film, mais le cœur rempli de ce que la ville a gardé — malgré tout.
Il y a quatre soirées cette année. Le 16 et 23 juillet. Puis les 13 et 20 août. Ce n’est pas grand-chose. Mais c’est suffisant.
Parce qu’à Perpignan, on ne cultive pas le spectacle. On cultive la mémoire.
Et chaque fois que l’on allume ce projecteur sous ces voûtes, on redonne une âme à un lieu qui n’aurait jamais dû mourir.
Signe Paul Ferra
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